« La battue », un livre pour mémoire

UnknownAustralie, 1829. John Batman, aventurier et homme d’affaires, entreprend avec une milice constituée de colons, de repris de justice et de métis, d’éliminer les Aborigènes qui gênent ses plans de conquête. Une véritable battue au cours de laquelle ces hommes, aveuglés par la promesse d’un lopin de terre ou d’un peu d’argent, se révéleront dans toute leur cruauté. Voilà le résumé froid et acéré de « La battue », un magnifique livre dérangeant et salvateur à la fois. Un livre comme je les aime, qui se lit en une nuit et se termine à bout de souffle. Un livre surtout qui ose lever le voile sur une partie sombre de la colonisation des blancs en Tasmanie et l’extermination quasi systématique du peuple aborigène, vivant pourtant sur ces terres australes depuis plus de 35 000 ans. `

Des paysages et des portraits somptueux

Paysages de Tasmanie

Paysage de Tasmanie

Et la force de ce premier roman, « La battue », c’est l’écriture de son auteur, Rohan Wilson, qui, par ses mots, fait revivre sous nos yeux les paysages luxuriants de La Tasmanie au XIXe siècle. Avec force de détails, les odeurs et la chaleur du soleil nous sautent au visage, le cri des oiseaux se mêle à la fureur des hommes, et les regards effarés des aborigènes restent gravés en nous longtemps après avoir refermé le livre. Ecrit avec puissance et élégance, ce premier roman est un livre puissant et fort, un livre qui ne laisse pas indifférent et pose, une fois de plus, des questions sur la sauvagerie et la brutalité humaines.

Pourquoi j’aime ce livre ?

Dessin représentant des aborigènes au XIXe siècle

Dessin représentant des aborigènes au XIXe siècle

S’inspirant d’un épisode réel de la colonisation de la Tasmanie dont il est originaire, Rohan Wilson, fait revivre une période dramatique de l’histoire de son peuple. Sans tomber dans le mélodramatique facile et dégoulinant de sentiment, il ose revenir sur une part sombre de l’histoire de son île. Il réussit aussi à faire revivre la culture aborigène ancestrale si riche et si en adéquation avec la nature. C’est beau et terrifiant à la fois. Bref, c’est une vraie réussite !

Qui étaient les Aborigènes de Tasmanie ?

La Tasmanie est un Etat australien situé à 320 km de la côte sud-ouest de l’Australie. L’État de Tasmanie comprend l’île de Tasmanie et mille autres petites îles.

Dessins aborigènes

Dessins aborigènes

Les Aborigènes habitants l’île (et dont il est question dans « La battue ») étaient un peuple noir. Ces hommes et femmes sont très certainement arrivés en Tasmanie en traversant un ancien pont de terre qui reliait la Tasmanie au continent australien. C’était la fin d’une période glaciaire, le niveau des mers étant une bonne centaine de mètres plus bas, l’Australie, la Papouasie et la Tasmanie formaient un seul continent. De quoi faciliter la migration depuis le continent asiatique. C’était il y a au moins 35 000 ans. Certains scientifiques pensent même que les premiers Aborigènes sont arrivés en Tasmanie il y a 125 000 ans. Avec l’élévation du niveau des mers, les Aborigènes de Tasmanie ne pouvaient plus circuler entre les terres et ont vécu 10 000 ans de solitude avant d’entrer en contact avec la population coloniale. C’est la plus longue période d’isolement de l’Histoire humaine.

L’auteur en quelques mots…

L'auteur

L’auteur, Rohan Wilson

Rohan Wilson est né en 1980 en Tasmanie. Son premier roman La Battue a été couronné par plusieurs prix, dont le prestigieux Australian Vogel’s Literary Award et le Sydney Morning Herald Award, qui récompense le meilleur jeune auteur australien de l’année.  

Infos pratiques

« La battue »

Unknown Rohan Wilson

Traduit par Nadine Gassie

Paru en avril 2015 aux éd. Albin Muchel

304 pages

Dimensions : 20,5 cm x 14 cm

Prix : 22 €

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2 réflexions sur “« La battue », un livre pour mémoire

  1. Merci pour cette très belle critique que je découvre seulement aujourd’hui. En saluant l’écriture de cet auteur, vous saluez indirectement ma traduction, et j’en suis touchée. Ce fut un travail linguistique considérable car, à l’appui de tout ce à quoi vous avez été sensible dans l’entreprise romanesque de ce jeune auteur, j’avais repéré dans la prose de Rohan Wilson des stratégies particulières et subtiles – tout en étant d’une grande force – d' »aborigénisation » de la langue australienne, langue anglaise déjà métissée par son ancrage dans une nouvelle terre au contact d’un nouveau peuple…
    Merci encore.
    Nadine

    J'aime

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